Fiabilité d’une mesure d’amplitude articulaire : quand un écart se lit, et quand il ne se lit pas
Un écart plus petit que la marge imprimée ne dit rien, et cette marge s’imprime à côté de chaque valeur. Reste à savoir ce que cette parenthèse recouvre, pourquoi elle change d’une grandeur à l’autre, et à quelles conditions deux relevés deviennent comparables. Sur MAIA Motion, un seul test sur trente-quatre a sa répétabilité quantifiée, et aucune comparaison à un goniomètre n’existe à ce jour.
Répétabilité et validité ne répondent pas à la même question
Deux énoncés circulent sous le même mot, fiabilité, et ils ne s’opposent pas : ils ne portent simplement pas sur le même objet. La répétabilité se relève sur votre propre prise, avec votre matériel : même test, même place, même hauteur de caméra, et l’on regarde de combien le chiffre bouge quand rien ne bouge chez le patient. La validité, elle, s’établit contre un étalon extérieur, un goniomètre par exemple, en comparant la même articulation mesurée par les deux moyens sur les mêmes sujets.
La première se mesure sans sortir de l’outil. La seconde exige un protocole, un opérateur de référence et un plan de comparaison que personne n’improvise entre deux patients. Autrement dit, un logiciel peut parfaitement vous dire de combien sa propre mesure tremble sans jamais vous dire si elle tombe juste. Confondre les deux revient à prêter à un chiffre une autorité qu’il n’a pas reçue.
L’état des lieux est écrit dans le produit, et il tient en quatre phrases. Le catalogue compte trente-quatre tests proposés, un retiré. Un seul test a sa répétabilité quantifiée. Les trente-trois autres portent la mention répétabilité non établie, et aucune comparaison à un goniomètre n’a été conduite. Ce qui s’imprime n’est donc pas une exactitude validée contre un étalon.
Chaque grandeur porte sa propre incertitude, relevée sur cette prise
Voici les lignes réellement imprimées pour un squat bras levés, filmé à la main. Prise dont le contrôle qualité a rendu Prise à refaire, citée ici pour la forme des lignes et non pour ses valeurs. Flexion de genou 101.1° (± 3°), notée 0-1-101 en SFTR. Position de départ 1.0°. Flexion de hanche 118.6° (± 4°). Inclinaison du tronc 40.6° (± 3°). Répétitions analysées 1, valeurs par répétition 101°. Images analysées 586, résolution source 608×1080, durée de la prise 11.1 s.
Lisez la ponctuation. Le ±3° du genou et le ±4° de la hanche ne sont pas une tolérance d’appareil annoncée une fois pour toutes : chaque grandeur porte la sienne, et elle est relevée sur cette prise précise, avec ce cadrage, cette lumière, ce nombre d’images. Une autre prise du même patient, le même jour, peut imprimer un autre nombre entre parenthèses. L’incertitude fait partie du résultat, pas de la fiche produit.
Le compte rendu se poursuit par la courbe du mouvement, deux images clés, un bloc Portée et limites, puis une rubrique Conclusion du praticien laissée vide, avec date et signature. Ce vide est voulu. Le logiciel fournit des grandeurs et leur marge ; la lecture revient à celui qui signe, et à lui seul.
Une prise que le contrôle qualité refuse ne se lit pas
Avant que l’enregistrement ne s’ouvre, un contrôle de cadrage tourne en direct, et son nombre de points dépend du test. Debout, corps entier, il y en a neuf, avec ces libellés exacts. Patient allongé, il n’y en a que sept : les points 5 et 6 disparaissent et l’orientation devient Orientation non contrôlée (patient allongé). Sur un test cadré sur un segment, elle devient Orientation non contrôlée (cadrage sur un segment).
Après la prise, un second contrôle juge le fichier. Sur le squat cité, le verdict a été Prise à refaire. Deux points à corriger : Caméra immobile 40 px (3.7 %) · téléphone tenu à la main ?, puis Répétitions 1 sur 3 attendues. Deux points à surveiller : Résolution source 608×1080 et Marge sous les pieds 20.4 %. Seize contrôles passés par ailleurs, 586 images traitées, analyse en 25,8 s.
Le compte rendu porte alors, mot pour mot : Prise non conforme. Le contrôle qualité de cette prise n’est pas satisfait. Les valeurs ci-dessus sont rapportées pour mémoire ; elles ne devraient pas servir de référence sans refaire la prise. Un chiffre encadré de cette phrase n’entre pas dans un suivi, quelle que soit la précision apparente de sa parenthèse.
- Corps entier dans le cadre
- Redressez le téléphone
- Mettez la caméra à hauteur de hanche
- Distance correcte
- Reculez ou baissez la caméra, il faut de la place au-dessus de la tête
- Pieds dans le cadre
- Sujet centré
- Vue de profil franche, ou Vue de face franche selon le test
- Sujet immobile
Ce qu’une mesure plane ne rend pas
L’analyse tourne dans le navigateur, sur l’appareil du praticien. Le serveur ne porte que le compte et l’abonnement : aucune vidéo, aucun nom, aucune mesure. La mesure est plane, et tout mouvement qui sort du plan de la caméra lui échappe, rotations axiales comprises. Dans ce cas, le logiciel l’écrit au lieu de rendre un chiffre, ce qui vaut mieux qu’une valeur que rien ne soutient.
En course, sur tapis, à soixante images par seconde au minimum, la vue de profil rend huit grandeurs : cadence en pas par minute, attaque du pied gauche et droite, flexion de genou à l’appui gauche et droite, inclinaison du tronc appui gauche et droit, oscillation verticale en pourcentage de la taille. La vue de dos en rend quatre : cadence, bascule du bassin appui gauche et droit, oscillation verticale. Le temps de contact au sol n’est pas mesuré, car aucun réglage ne le rend à la fois juste et stable sur une vidéo de téléphone.
Les autres limites sont écrites là où elles comptent. L’oscillation verticale s’exprime en pourcentage de la taille du sujet, faute d’échelle métrique. L’attaque du pied est l’inclinaison du pied à l’appui, positive vers l’avant-pied, négative vers le talon. La bascule du bassin est prise à l’instant de l’appui, sans signe : elle dit de combien le bassin s’incline, pas quel côté tombe. La déviation frontale du genou, mesurée en deux dimensions, augmente aussi avec la flexion par effet de perspective, et ne distingue pas le valgus du varus.
Quand vous avez le droit de dire qu’une amplitude a changé
Un écart plus petit que la marge imprimée sur une grandeur donnée ne se lit pas. Il est plus petit que la marge d’une seule prise, et deux prises portent chacune la leur, ce qui repousse encore le seuil au-delà duquel le mouvement du chiffre devient autre chose que du bruit. La règle pratique est sèche : tant que l’écart reste dans l’épaisseur des incertitudes, vous n’avez pas observé un changement, vous avez observé la même mesure deux fois.
Les conditions minimales pour qu’une comparaison ait un sens tiennent en peu de lignes : même test, même côté déclaré, vingt-cinq tests sur trente-quatre étant unilatéraux, même place de caméra, même hauteur, contrôle de cadrage satisfait et contrôle qualité satisfait sur les deux prises. Les compensations filmées de face ne se comparent qu’entre deux séances filmées depuis la même place. Changer un seul de ces paramètres suffit à rendre les deux chiffres étrangers l’un à l’autre.
Même tout cela réuni, il reste à nommer ce que vous comparez : deux relevés du même outil, dans des conditions tenues constantes, avec une répétabilité quantifiée pour un seul test du catalogue et non établie pour les autres. Aucun des trente-quatre ne s’est encore mesuré contre un goniomètre. C’est honnête, c’est documenté dans chaque compte rendu, et cela fixe exactement la portée de ce que vous pouvez écrire.
Le cadre de facturation, et la frontière à ne pas franchir
La prestation décrite ici n’est pas thérapeutique. Elle se réalise sans prescription, hors nomenclature, et se facture par note d’honoraires hors feuille de soins, au prix que le praticien fixe avec tact et mesure, affiché en salle d’attente, avec une information écrite remise avant la séance. Le seul montant attaché au logiciel est son abonnement : 19,99 € HT par mois, soit 239,88 € HT par an.
Le point de vigilance est ailleurs. Un bilan ostéoarticulaire existe déjà à la nomenclature et se cote AMK. La prestation décrite ici n’est pas celui-là, et elle ne se propose jamais à une personne déjà prise en charge pour la même région anatomique. C’est cette séparation, et elle seule, qui distingue des honoraires libres d’un dépassement sur un acte remboursé. Ces lignes ne constituent pas un conseil juridique : vérifiez votre situation auprès des sources officielles compétentes et de votre conseil.
MAIA Motion mesure les amplitudes articulaires à partir d’une vidéo prise au téléphone, dans le navigateur, sans qu’aucune donnée de patient ne quitte votre appareil. 19,99 € HT par mois, sans engagement.