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Mesurer une amplitude articulaire au smartphone, prise par prise

Une amplitude articulaire filmée au téléphone se joue avant l’enregistrement, dans le placement du trépied et dans une liste de contrôles de cadrage qui doivent tous être satisfaits. Voici une prise complète telle qu’elle se déroule, jusqu’au compte rendu imprimé, avec l’exemple réel d’une prise refusée par le contrôle qualité. La méthode se transpose sans logiciel ; ses limites, elles, ne se contournent pas.

Déclarer le test et le côté avant de filmer

Un trépied, un téléphone à hauteur de hanche, de la place devant soi : le matériel tient dans un sac. Le travail commence avant d’appuyer sur l’enregistrement, par le choix du test. Le catalogue en propose trente-quatre, répartis en quatre régions : vingt-trois pour le membre inférieur, six pour le membre supérieur, trois pour le rachis et la posture, deux pour la course. Un test a été retiré. Onze bilans regroupent ces tests : un bilan global de trente-deux tests, la course exclue, quatre bilans par région et six par articulation.

Vingt-cinq tests sur trente-quatre sont unilatéraux et exigent de déclarer le côté avant la prise, pas après. Ce n’est pas une formalité administrative : la même vidéo rattachée au mauvais côté produit des chiffres qui ne veulent rien dire. Si vous reproduisez la méthode sans logiciel, inscrivez le côté sur votre feuille au moment du placement, et non de mémoire au moment de reporter les valeurs.

Le placement de la caméra dépend du test et il ne s’improvise pas d’une séance sur l’autre. Hauteur de hanche, vue de profil ou de face selon la mesure, recul suffisant pour tenir le corps entier, trépied plutôt que main. Notez la place exacte du trépied, sa hauteur et son orientation. Sans ces trois informations, deux prises du même patient ne sont pas comparables entre elles.

Les neuf contrôles de cadrage, et pourquoi ils ne sont pas toujours neuf

Le cadrage se vérifie en direct, contrôle par contrôle, et l’enregistrement ne s’ouvre pas tant qu’ils ne sont pas tous satisfaits. Sur un test debout, corps entier, il y en a neuf. Voici les neuf libellés exacts.

  1. Corps entier dans le cadre
  2. Redressez le téléphone
  3. Mettez la caméra à hauteur de hanche
  4. Distance correcte
  5. Reculez ou baissez la caméra, il faut de la place au-dessus de la tête
  6. Pieds dans le cadre
  7. Sujet centré
  8. Vue de profil franche (ou « Vue de face franche » selon le test)
  9. Sujet immobile

Leur nombre change avec le test, parce qu’un contrôle sans objet ne doit pas être compté comme passé. Patient allongé, il n’en reste que sept : les contrôles 5 et 6 disparaissent, la place au-dessus de la tête et les pieds dans le cadre n’ayant plus de sens, et l’orientation devient « Orientation non contrôlée (patient allongé) ». Sur un test cadré sur un segment, elle devient « Orientation non contrôlée (cadrage sur un segment) ». Les contrôles 8 et 9 portent sur l’orientation de la vue et sur l’immobilité du sujet au moment où l’enregistrement s’ouvre.

Le contrôle qualité d’après la prise, et une prise refusée

Le cadrage validé ne garantit pas la prise. Une fois la vidéo analysée, un second contrôle la relit et peut la refuser. Exemple réel relevé aujourd’hui sur un squat bras levés filmé à la main en 608×1080 : verdict « Prise à refaire », deux points à corriger, deux à surveiller, seize contrôles passés. À corriger : « Caméra immobile 40 px (3.7 %) · téléphone tenu à la main ? » et « Répétitions 1 sur 3 attendues ». À surveiller : « Résolution source 608×1080 » et « Marge sous les pieds 20.4 % ».

La prise avait pourtant tourné jusqu’au bout : 586 images traitées, analyse en 25,8 secondes, durée de 11,1 secondes. Des valeurs ont bien été produites, et le compte rendu les imprime quand même, précédées de cette phrase, mot pour mot : « Prise non conforme. Le contrôle qualité de cette prise n’est pas satisfait. Les valeurs ci-dessus sont rapportées pour mémoire ; elles ne devraient pas servir de référence sans refaire la prise. »

Deux enseignements transposables sans logiciel. Le trépied n’est pas un confort : quarante pixels de dérive, soit 3,7 %, suffisent à disqualifier une prise, et le contrôle pose alors la question du téléphone tenu à la main. Le nombre de répétitions, ensuite, fait partie du protocole : une répétition quand trois sont attendues n’est pas une prise courte, c’est une prise incomplète. Écrivez le nombre attendu avant de filmer, comptez à voix haute pendant.

Le compte rendu, ligne par ligne

Pour ce test, voici les lignes réellement imprimées.

« 0-1-101 » est la notation SFTR. L’incertitude entre parenthèses est propre à chaque grandeur et relevée sur cette prise : trois degrés sur la flexion de genou, quatre sur la flexion de hanche, trois sur l’inclinaison du tronc. Elle n’est donc ni un réglage global ni une garantie transposable à la prise suivante.

Viennent ensuite la courbe du mouvement, deux images clés, un bloc « Portée et limites », puis « Conclusion du praticien », laissé vide, avec la date et la signature. Ce vide est le point important du document : la machine sort des chiffres, la lecture reste au praticien, et rien dans la page ne la formule à sa place. Si vous tenez vos propres fiches, gardez cette séparation : la colonne des valeurs mesurées d’un côté, votre texte de l’autre.

Course, compensations, et ce que le plan de la caméra ne voit pas

L’analyse est plane. Tout mouvement qui sort du plan de la caméra lui échappe, rotations axiales comprises, et dans ce cas le logiciel l’écrit au lieu de rendre un chiffre. Sur la course, filmée sur tapis à 60 images par seconde au minimum, la vue de profil à hauteur de hanche et à trois mètres rend huit grandeurs : cadence en pas par minute, attaque du pied à gauche et à droite, flexion de genou à l’appui gauche et droit, inclinaison du tronc à l’appui gauche et droit, oscillation verticale en pourcentage de la taille. De dos, dans les mêmes conditions, quatre grandeurs : cadence, bascule du bassin aux deux appuis, oscillation verticale.

Les limites sont écrites par le produit, à côté des chiffres. Le temps de contact au sol n’est pas mesuré : aucun réglage ne le rend à la fois juste et stable sur une vidéo de téléphone. L’oscillation verticale est exprimée en pourcentage de la taille, faute d’échelle métrique. L’attaque du pied est son inclinaison à l’appui, positive vers l’avant-pied, négative vers le talon. La bascule du bassin est prise à l’instant de l’appui et sans signe : elle dit de combien le bassin s’incline, pas quel côté descend, et exige que les deux hanches soient nettement séparées à l’image. Les compensations se filment de face, caméra à hauteur de hanche, patient centré : déviation frontale du genou sur squat sur une jambe et sur réception de saut, bascule du bassin sur appui sur une jambe. Mesurée en deux dimensions, cette déviation augmente aussi avec la flexion du genou par effet de perspective, ne se compare qu’entre deux séances filmées de la même place, et ne distingue pas le valgus du varus.

Reste la question de la justesse, et la réponse est courte. Un seul des trente-quatre tests a une répétabilité quantifiée ; les trente-trois autres portent la mention « répétabilité non établie ». Il n’existe à ce jour aucune comparaison à un goniomètre. Le ± 3° imprimé est l’incertitude relevée sur cette prise, pas une exactitude validée contre un étalon. Un chiffre affiché à la décimale n’est donc pas un chiffre juste à la décimale.

Où vont les données, et sous quel régime la prestation se facture

L’analyse se fait dans le navigateur, sur l’appareil du praticien. Le serveur ne porte que le compte et l’abonnement : aucune vidéo, aucun nom, aucune mesure ne le traversent. La vidéo reste donc là où elle a été tournée, La vidéo reste donc là où elle a été tournée, sur l’appareil du praticien. L’abonnement est de 19,99 € HT par mois, ou 239,88 € HT par an.

Côté facturation, la prestation décrite ici est non thérapeutique, réalisée sans prescription, hors nomenclature. Elle se facture par note d’honoraires, hors feuille de soins, au prix que le praticien fixe lui-même avec tact et mesure, affiché en salle d’attente, et précédé d’une information écrite remise avant la séance. Ce sont les trois gestes à poser avant la première prise, pas après la première contestation.

Mise en garde sur la cotation : un bilan ostéoarticulaire existe déjà à la nomenclature et se cote AMK. La prestation décrite dans cet article n’est pas celui-là, et elle ne se propose jamais à une personne déjà prise en charge pour la même région anatomique. C’est cette séparation, et elle seule, qui distingue des honoraires libres d’un dépassement sur un acte remboursé. Ces lignes décrivent une pratique et ne constituent pas un conseil juridique.

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